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Version française > Patrimoine > Historique > Michel Butor à Tours

Michel Butor

Quand Michel Butor soutenait sa thèse à Tours...

Tout au long de sa vie, Michel Butor a parcouru le monde, enseigné dans de nombreux pays et développé sa curiosité et sa créativité dans tous les domaines. Son oeuvre, lorsqu’il disparut le 28 août dernier, comportait plus de 200 titres (romans, poésie, écrits sur l’art, textes expérimentaux).
Il explora également toutes sortes de pratiques artistiques en particulier les collages.

En 1957, il est lauréat du Prix Renaudot. Il est un auteur célébré et rattaché (malgré lui) au « Nouveau roman ». Il poursuit ses publications et recherches.
En 1973, il est professeur «associé » à l’Université de Nice.

… Alors pourquoi ce mercredi 7 février 1973, Michel Butor est-il venu soutenir sa thèse à Tours dans les locaux très récents de la rue des Tanneurs et plus précisément dans une salle des actes toute neuve (l’actuel amphi Roger) où les places manquent ?
Outre les membres du jury (Jean Starobinski, Jean-Pierre Richard, Jean Duvignaud, Léon Cellier, Michel Raimond,...) se côtoient chercheurs et étudiants français et étrangers, journalistes et curieux attirés par la renommée du prix Renaudot.

Photo Gérard Proust, La Nouvelle République

Selon Jacqueline Piatier, critique littéraire dans « Le Monde des livres » du 15 février 1973 :
« On a craint Paris pour la cérémonie et la jeune université de Tours a proposé son cadre avenant sur les bords de la Loire » pour accueillir « un créateur à part sur lequel il s’est fait déjà plusieurs livres qui vient solliciter, modeste, le titre de docteur ès lettres ».
La douceur de la Loire n’a pas désarmé les opposants à ce « show culturel » que s’offrait la faculté de Tours, Ils se firent entendre avec un haut-parleur tentant de couvrir la voix de Butor et répandirent des tracts signés « le centre pour l’accroissement du Cannibalisme appliqué ».

« Le Nouvel Observateur » fait également écho à cet événement universitaire et médiatique dans un article paru le12 février 1973, "Docteur Butor" (n°431, p.67) :
« Le Tout-Paris littéraire s'est rendu la semaine dernière à Tours pour assister à la soutenance de thèse de Michel Butor, actuellement professeur à la faculté de Nice ».


Photo Gérard Proust, La Nouvelle République

Comment s'est organisée cette soutenance ?

À l’automne 1972, le sociologue Jean Duvignaud (en poste à l’Université de Tours) proposa à Jacques Body, tout jeune professeur titulaire, d’organiser la soutenance sur travaux de Michel Butor qui n’était alors que « professeur associé » à Nice.

La loi d’orientation de l’enseignement supérieur de 1968 comportait dans son article 20 une disposition générale concernant l’ensemble des doctorats de toutes les disciplines : « les titres de docteur sont conférés après la soutenance d’une thèse ou la présentation en soutenance d’un ensemble de travaux scientifiques originaux ».
 
C’est l’activité critique de Butor qui est le sujet de son étude. Elle porte sur des recueils d’articles, les « répertoires » (Ed de Minuit), « Histoire extraordinaire » (Gallimard), une œuvre plus récente sur Rabelais, Elle aborde l’oeuvre d’auteurs du XVIe au XXe siècle (Proust, Raymond Roussel …).

Pour Butor, nous dit Jacqueline Piatier, « le monde est une bibliothèque, la vie une lecture perpétuelle et toujours recommencée… à l’entendre on est pris de vertige !


La mention « très honorable » est attribuée à l’unanimité du jury mais le Comité consultatif (ancêtre du Conseil national des universités) refusa d’inscrire Michel Butor sur la liste d’aptitude aux fonctions de professeur titulaire.
Jacques Body parle d’un « comité consultatif dominé par l’université plutôt conservatrice de la Sorbonne » (voir ci-dessous le récit de Jacques Body, rédigé en 2014).
« Les étudiants en lettres de cette époque se rappellent encore le sentiment de scandale qu'ils ont éprouvé face à ce refus » signale un site sur Michel Butor (http://www.maremurex.net/butor.html).
Butor fait face à ce refus, Il accepte l’invitation de Jean Starobinski et devient professeur titulaire à l’Université de Genève où il y enseignera de 1974 à 1991, date de son départ à la retraite. Cela ne l'empêchera pas de continuer à voyager et enseigner un peu partout dans le monde, des Etats-Unis au Japon.
Butor, lui-même, ne semble pas avoir gardé un très bon souvenir de cette journée du 7 février si l’on en croit une lettre à son ami Georges Perros :
« La séance du 7 février a été aussi pénible que prévu. D’ailleurs tu as dû voir Quesnel depuis qui y était...J’ai eu besoin d’une bonne semaine pour me remettre des festivités tourangelles ».
Réponse de Georges Perros :
« Mon cher docteur,
« Oui, on m’a dit que tu avais été très brillant, ce qui ne m’a pas étonné. Bonne chose de faite ».
Le catalogue de la Bibliothèque universitaire de Tours ne propose donc pas une thèse imprimée qui n’existe pas mais un certain nombre d’ouvrages (environ 180) de ou sur Michel Butor ainsi que de nombreuses ressources en ligne.

Un fonds Michel Butor est conservé par la Bibliothèque de l’Université de Nice.

Lien vers la NR, 25-08-2016

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