Le stabile d'Alexander Calder à l'IUT, site Jean Luthier 1973

Le bâtiment de l’IUT de Tours a été construit en 1969, alors que l’IUT dépendait encore de l’université d’Orléans-Tours. L’université de Tours voit le jour en 1970. L’IUT, tout juste construit lui est logiquement rattaché. Sa construction donne lieu à une procédure de 1% culturel.
Après des échanges de plusieurs mois avec Jean Luthier, directeur de l’IUT, sur le choix de l’artiste, la commission artistique nationale et l’architecte Georges Massé et ses collaborateurs Pierre Bigot et Fernand Roy retiennent finalement le nom d’Alexander Calder, artiste de renommée internationale travaillant en Touraine, le 15 décembre 1971.

Alexander Calder réalise un stabile monumental, composé de plaques d’acier inoxydable fixées entre elles au moyen d’attaches boulonnées, de nervures et de goussets d’angle, puis uniformément peintes en noir après un sablage complet.
 
Le projet est présenté devant la commission artistique nationale du 21 mars 1973 et approuvé le 24 avril suivant. Le stabile est livré la même année pour un montant de 77653 francs (12000 € environ). Ce montant semble dérisoire par rapport à la notoriété de Calder à cette époque. On sait en outre que, pour le campus de l’université de Grenoble l’année suivante, il a proposé une œuvre qu’il venait de réaliser, la « Cornue ».
La postérité de l'œuvre
 
Jean-Paul Sartre définit les œuvres de Calder comme « des êtres étranges, à mi-chemin entre la matière et la vie ».
Calder, lui, considère sa pratique comme « un art de la ville » et recherche également la confrontation de ses œuvres, qui interrogent le plein et le vide, avec l’espace qui les entoure.



 
Le choix d’une œuvre de Calder dans le cadre du 1% culturel est représentatif de la politique du ministère de la culture, sous l’impulsion d’André Malraux, dans les années 60. À cette époque là, Calder est déjà reconnu, dans les milieux artistiques, comme un artiste de génie. Il a reçu le premier prix de sculpture de la Biennale de Venise en 1952 et recevra le « grand prix national des arts et des lettres » en 1974 des mains du ministre de la culture Michel Guy.

La prescription de l’État est encore très forte en matière artistique en France dans ces années là. Or à Tours, le maire Jean Royer s’intéresse peu à l’art contemporain et ne souhaite pas doter sa ville d'une œuvre de Calder, les services de l’État contournent donc la difficulté en utilisant la procédure du 1% pour « offrir » à la ville de Tours le Calder que son maire lui refuse. Ceci explique en partie la postérité de l’œuvre…

Son successeur, en revanche, Jean Germain qui a été président de l’université de 1988 à 1993, était tout à fait conscient de la valeur artistique de cette œuvre. En 1997, le ministère de l’Enseignement supérieur consent le prêt du stabile de Calder à la mairie de Tours pour qu’il soit installé devant le Vinci, boulevard Heurteloup, face à la gare, pour une durée de deux ans. La mairie demande alors une prolongation de six mois, acceptée avec comme date butoir janvier 2000. L’année 2000 passe et le stabile, que les étudiants de l’IUT de journalisme avaient affectueusement baptisé « l’ovni », ne revient toujours pas ! Il a fallu la création d’une « association de défense des intérêts patrimoniaux et culturels de l’IUT » par les enseignants et les étudiants de l’IUT de journalisme, puis la menace de saisir le tribunal administratif, pour que l’IUT retrouve son stabile après cinq ans d’absence, le 12 avril 2002.